La Californie - théâtre documentaire

Cette aventure sociale et théâtrale a commencé par une immersion dans des ateliers de coaching collectif destinés à des femmes de plus de cinquante ans, demandeurs d’emploi de longue durée.
J’ai enregistré, noté les propos échangés, et je me suis intéressée à ce qui se jouait pour ces dames au cours de ces ateliers de « remise en confiance » : simplement et avant tout le plaisir d’être avec d’autres, de partager ses expériences, ses craintes, ses doutes, de formuler des attentes, et aussi de se sentir exister, d’être en lien, d’appartenir à un groupe et d’y trouver une place… bref des petites choses toutes simples mais que le chômage, ou en tout cas l’inactivité, tend à anéantir.
A la suite de ces ateliers, ces femmes ont accepté de me rencontrer et de témoigner individuellement.
Travail –emploi –inactivité –désoeuvrement : malgré leur singularité, chacun des témoignages semble suivre ce parcours. Comment organiser ses journées pour y échapper et se sentir utile, partie prenante de la société ?
Un jeune américain, que j’ai rencontré un peu plus tard dans mon enquête, a fait, par ses propos, surgir l’espoir : « l’homme est fait pour voir le résultat de ce qu’il fait, pas pour jeter des C.V. dans un trou. Pourquoi ne pas se mobiliser autour de petits projets avec d’autres, mettre en commun nos compétences »… et surtout ne pas s’isoler, et résister au désert institutionnel qui pourrait bien, à force, creuser notre désert intérieur.
L’étape qui a suivi la collecte de témoignages, fût celle de la retranscription. Retranscrire mot à mot le contenu des récits, sans en perdre une miette.
Puis de cette matière documentaire, faire un spectacle… composer une forme théâtrale qui ne cherche pas à romancer le sujet.
Finalement, en scène, sept acteurs, prenant chacun en charge un récit. Les acteurs sont les porte-parole de ces femmes et de cet homme, qu’ils ne cherchent pas spécialement à incarner ; simplement restituer, avec autant de vérité que possible, quelque chose de leur vécu, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent.
Jenny Delécolle, glaneuse de témoignages et comédienne



Extrait de témoignage :
" Le statut de chômeur, à l’heure actuelle, c’est vraiment une détresse. La journée-type d’une chômeuse : essayer de faire le maximum de chose pour pas réfléchir trop au fait qu’on est chômeuse. Quand je me lève, je prépare le petit déjeuner pour mes enfants, je sors ma chienne, je me promène un petit peu, je recadre un peu ma journée. Je m’occupe de ma maison, qui est nickel parce qu’à force de faire ça tous les jours ça finit par être nickel. Mais vous vous trouvez toujours quelque chose à faire ! Le matin c’est plutôt ménage, préparation du repas de midi, etc. Et l’après-midi c’est sortir pour chercher, pour chercher un emploi. Voilà. Soit seule, soit accompagnée avec une amie qui cherche aussi. Comme elle a une voiture, et que moi je n’en ai pas pour l’instant, on essaie de partir le plus loin possible : l’autre fois, on a fait une après-midi Porticcio, on a fait tout ce qui est Pietralba, les extérieurs quoi. Je dis pas que j’ai pas de voiture. On prend des C.V, des lettres de motivation, et on repart, on se donne un quartier ou un coin, parce qu’on peut pas faire tout Ajaccio en une après-midi. Voilà. Ou quand on va pas pour déposer des C.V., on fait les magasins, on part en promenade-repérage pour regarder les annonces sur les vitrines.

 

Ça aussi si on n’est pas dehors, on ne le voit pas. Avant tout ça, on est déjà passé par la case Internet, toutes les recherches, les offres, etc. parce que ça c’est tous les jours. C’est une recherche constante, ou en repérage visuel, ou en démarche, mais tout le temps. Tout le temps. Tout le temps. Tout le temps. Tout le temps. Même quand je vais faire des courses, je regarde dans les grandes surfaces, les tableaux où il y a les annonces. Je vais faire les courses, je vais pas pour faire des démarches mais c’est un automatisme maintenant. Il y a aussi le réseau. Entre nous. On est 2 ou 3 personnes chômeuses, on essaie de se donner des pistes. « Tu as reçu il y a Job Forum, oui c’est bon j’ai reçu le SMS »... On est constamment constamment constamment. C’est-à-dire qu’au bout d’un moment, on respire ‘recherche de travail’, on dort ‘recherche de travail’, on mange ‘recherche de travail’. C’est horrible parce que des fois on se rend compte que même quand on essaie de sortir un peu pour décompresser, on est en terrasse, on boit un café, et on parle travail et recherche travail. On n’arrive pas à décrocher."

Anita, 54 ans



Spectacle créé le 24 février 2016 à Ajaccio, pour la saison culturelle de la Ville d’Ajaccio 2015/2016.


Mise en scène : Pascal Omhovère
Scénographie : Jean-Claude Joulian
Lumières : Marie Vincent
Collecte de témoignages : Jenny Delécolle


Avec : Dominique Appietto, Angélique Baudin, Jenny Delécolle, Laurence Foubert, Sophie Laurent, Coralie Le Fresne, Pascal Omhovère.


Co-production Ville d’Ajaccio 2015/16, Caisse des Dépôts et Consignation 2015,
Association Operae, Compagnie Sub Tegmine Fagi
Avec le soutien de l’association Scopa


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Présentation artistique, technique et financière LA CALIFORNIE
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